Cercle Zetetique

Apollo 14 et Télépathie

LP, 2/8/97

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L'équipage d'Apollo 14 : de gauche à droite, Stuart A. Roosa, pilote du module de commande, Alan B. Shepard Jr., commandant, et Edgar D. Mitchell, pilote du module lunaire. (photo NASA)

L'histoire Apollo14/télépathie fait partie des serpents de mer du paranormal. On la retrouve régulièrement, sous la plume d'auteurs plus ou moins sérieux. Elle s'avère intéressante pour les prosélytes : s'il y a eu une expérience de télépathie lors de ce vol spatial, expérience réussie, cela se transforme vite en "la NASA a testé avec succès la possibilité de correspondre télépathiquement entre la Terre et l'Espace, ce qui prouve que la télépathie, c'est du sérieux !".

Raccourci trompeur. James E. Alcock nous rappelle ce que vaut cette "expérience".

ôLes media populaires ont raconté que l'astronaute Edgar Mitchell, de la mission Apollo 14, le sixième homme à marcher sur la Lune, fit une expérience officieuse d'E.S.P. depuis l'espace : à quatre reprises, il tenta d'envoyer des messages télépathiques à des amis restés sur terre.

Selon le récit qu'en fait Christopher (Mediums, mystics and the Occult, New York, Thomas Y. Crowell, 1975), Mitchell s'était intéressé au mysticisme et à la parapsychologie plusieurs années avant la mission Apollo 14 et s'était lié d'amitié avec le révérend Arthur Ford, le célèbre médium dont l'imposture fut découverte peu après sa mort en 1971 (voir Arthur Ford : The Man who talked with the Dead, Spraggett A. Rauscher W. L., New American Library, 1973). Ford s'enthousiasma à l'idée d'une expérience d'E.S.P. depuis l'espace. Mitchell essaya de transmettre une colonne de 25 chiffres allant de 1 à 5 en une séquence aléatoire. Ils étaient censés correspondre aux 5 symboles des cartes de Zener. Les "percipients" avaient reçu un horaire qui leur permettait de savoir à quel moment Mitchell émettait.

Tout cela s'était fait à l'insu de la N.A.S.A., qui, l'année précédente, avait décliné une proposition d'expérience de télépathie faite par l'Américan Society for Psychical research. Il y eut des problèmes, entre autres parce que le lancement d'Apollo 14 fut retardé de quarante minutes. Par conséquent, les émissions de pensées faîtes par Mitchell pendant ses périodes de repos avaient également quarante minutes de retard sur l'horaire prévu.

Lancement de la fusée emportant la mission Apollo 14 (photo NASA)

Mitchell envoya bien 4 colonnes de chiffres, une à chacune des quatre occasions prévues. Or, deux des "percipients" notèrent des colonnes de chiffres à six reprises, tandis que deux autres, faute de temps, ne "reçurent" que pendant deux séances. A cause du décalage entre émission et réception, on décida de considérer l'expérience comme un essai de prescience. Les listes de chiffres pensées par l'astronaute correspondaient-elles aux listes notées par les "percipients" ? Joseph Banks Rhine et son équipe collaborèrent à l'analyse des résultats et comparèrent la liste de Mitchell à celle des deux percipients qui avaient reçu six messages, laissant de côté celles des deux percipients qui n'en avaient reçu que deux fois chacun.

Le module de commande et le module de service Apollo 14 (photo NASA)

On découvrit 51 correspondances, alors que le hasard en faisait prévoir 40. Malgré l'étroitesse de l'échantillon et les conditions curieuses qui avaient présidé à la récolte des résultats et à leur choix, l'expérience fut saluée comme une victoire (Christopher, 1975).

Une analyse plus poussée compara les 300 notations faites à peu près au moment où Mitchell émettait avec les séquences sur lesquelles il se concentrait. Le hasard faisait attendre 60 correspondances. Or il n'y en avait que 35. Ces résultats furent, eux aussi, considérés comme un succès pour l'hypothèse psi, car ils indiquaient un niveau significatif de psi-missing ou "manque de psi" (voir Mitchell E. D., An E.S.P. test from Apollo 14, The Journal of Parapsychology, numéro 35, 1971).

Edgar D. Mitchell s'adressant aux media, après la période de confinement de 15 jours consécutive au retour de la mission (photo NASA)

Mitchell a relaté les résultats sans mentionner ni le manque de psi ni les bizarreries de l'horaire et de la récolte des données. Dans un article du New York Times, il déclara que les autres percipients avaient deviné les symboles avec tant de succès que leur score "ne pourrait être reproduit par le hasard qu'une fois sur trois mille" (Christopher, 1975).


Parapsychologie : Science ou Magie ? Pages 324 et 325
James E. Alcock
Flammarion, 1989